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03 jui. 2026 - 30 jui. 2026 | Toute la journée

Exposition : Bestiaire Mutant - par Insolo

Il n’est pas devenu artiste.
Il a juste refusé d’arrêter.

Fin des années 80, pendant que les autres apprennent à rentrer dans le rang, lui apprend à imprimer des colères en sérigraphie. Boulogne-sur-Mer. Tracts de luttes, encres qui bavent, premières morsures politiques. Puis le bruit : basse, punk, concerts crades, textes qui cognent plus qu’ils ne séduisent.

Les années 90 le jettent dans un décor absurde — l’armée, discipline, machines de mort — où il peint des logos comme on maquille l’horreur. Il en ressort sans mode d’emploi, sans retour possible.

Roubaix. Résidence d’artistes. Il colle, photographie, fabrique. Il fait des images comme on respire mal. Fanzines, affiches, pochettes. Il découvre que l’art peut être sale, libre, incontrôlable. Il tombe sur des types comme Steadman, Hunter S. Thompson, et comprend qu’on peut écrire et peindre comme on saigne.

Puis il croise CHOMO. Et là, ça bascule. Plus de règles. Juste faire. Avec ce qu’il y a. Avec ce qui reste.

Depuis, il fabrique sans demander la permission. Expos, performances, festivals, sculptures, sons, nuits, rencontres, désillusions. Il refuse l’étiquette, refuse le cadre, refuse même le mot “artiste”.

Sa seule religion :
faire. encore. et autrement.
L'EXPOSITION

Tes œuvres ne cherchent pas à plaire.
Elles cherchent à exister — et c’est déjà violent.

On est face à un bestiaire mutant, une galerie d’êtres qui ont l’air de sortir d’un rêve mal digéré ou d’une enfance laissée trop longtemps seule avec ses démons. Des chiens, des poissons, des créatures hybrides, jamais vraiment identifiables. Comme si tu refusais de leur donner une place claire dans le réel. Comme si le réel lui-même était suspect.

Les yeux sont souvent vides, ou trop ouverts.
Les dents exagérées.
Les corps disloqués mais debout.

Ça tient. Mais de justesse.

Il y a quelque chose de profondément humain là-dedans. Pas dans la beauté, mais dans la faille. Dans la tentative de tenir malgré tout. Tes personnages ne sont pas des monstres. Ce sont des survivants mal dessinés par la vie.

Et puis il y a la matière.

Les coulures, les projections, les fonds saturés, les accidents visibles. Rien n’est propre, rien n’est caché. Tu montres le geste, tu montres l’erreur, tu montres le chaos. On sent la filiation avec le street art, le fanzine, la sérigraphie — des pratiques où l’image doit sortir vite, fort, sans polissage inutile.

Tes cadres eux-mêmes sont contaminés.
Les supports débordent.
Les objets deviennent peinture.

Tu refuses la frontière.

Et au milieu de tout ça, il y a les phrases.
Courtes. Brutales. Presque naïves.
Mais qui plantent un clou.

“Unicorns are like princes charming, they don’t exist.”
“Je me suis desservie car je ne suis pas comme eux…”

Ces phrases ne sont pas là pour expliquer.
Elles sont là pour fissurer encore plus l’image.

Ton travail parle de désillusion, mais sans posture.
De solitude, mais sans plainte.
D’un monde qui ne tient pas ses promesses, et d’individus qui continuent quand même à bricoler du sens avec trois couleurs et un trait noir.

Il y a du punk là-dedans, évidemment, pas le punk cliché mais celui qui fait avec ce qu’il a, qui refuse les codes, et qui transforme la fragilité en langage.

Au fond, ce que tu fais, ce n’est pas représenter le monde.
C’est montrer comment il se déforme à l’intérieur.

Et ça, c’est beaucoup plus honnête.